SIMILE
CARNET

Notes pour une exploration virtuelle



L’ombre d'une attente au sol,
Se déplace le temps d'un moment,
Dans ce paysage de sable et broussailles,
Où les lueurs du désert constitues une scène,
Celle d'un théâtre nocturne,
Révélateur d’apparences inespérées.


Vivre une expérience photographique au travers d'un jeu vidéo, comme elle aurait pu avoir lieu en vrai, mais « sans les cheveux au vent ».
Grand-Theft-Auto V, jeu vidéo de rôle et d'action imite l’Ouest américain à l'intérieur d'un monde ouvert. Il donne la possibilité de parcourir un décor minutieusement fabriqué sur la base du réel mais aussi nourri par une mémoire collective, celle d’un Far-West mythique, théâtre de tous les possibles. De ce fait l’expérience virtuelle à l'interieur de Tonopah (USA) ou plutôt Senora (GTA-V) apparaît comme un fac-similé. Non seulement dans la faculté du jeu à imiter la réalité, illusoire mais saisissante. Mais surtout dans l'exploration et la déambulation qui permis de reproduire un sentiment vécu, celui d'un photographe de paysage s'imaginant fouler pour la première fois cette terre. Siebert, Bulter, Brougher, Oddie, Ararat, Golden, San Antonio, Booker, Red : paysages salué sous les noms de neuf montagnes qui orne la ville de Tonopah (Nevada).

Ces notes naviguent sur des questions concernant la photographie, la vidéo, l'illusion et la représentation. Prélevées durant la phase de capture des neufs films elles constituent moins des références précises qu'elles ne participent d'une recherche d'un cheminement. Cette réflexion sur l'exploration virtuelle a besoin de s’appuyer sur le réel, considéré ici en tant que champ mobilisé historiquement par une grande tradition d'artistes qui traversent les époques. Progressivement quelque chose vient définir sa propre forme et laisse monter les lueurs de Tonopah (Senora) à travers la nuit du jeu vidéo, Grand-Theft-Auto V.



L’exploration

L’ exploration directe est primordiale : observation et détails en font une saisie élargie du territoire.

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La pratique du terrain est essentielle, qu’elle soit physique, humaine, culturelle...

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La progression à travers le territoire, une pratique du terrain, l’importance du sol, l’itinérance explore et questionne le paysage.

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Se contraindre à rester jusqu’à l’ennui ou à revenir.

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Cheminement et photographie se font révélateurs d’une visibilité habituellement inaperçue.

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La séquence participe à la lecture d’une découverte progressive de l’espace.

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Seule la marche permet cette perception aiguë des choses.

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La marche devient allure de la pensée.

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L’expérience du territoire.

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L’esthétique du voyageur se construit à travers ses partis pris, ses trajets et en son tempo, à travers son itinéraire.

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Une perception quasi animale se met en place, plus que jamais votre instinct guide vos pas.

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La perception est liée au point de vue du voyageur, mais aussi au mode et au rythme du déplacement.

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L’espace sous plusieurs rythmes alterne l’apparence et la réalité, le prosaïsme et le romanesque, le réel et l’imaginaire.

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Ici la véritable aventure est la rencontre du lieu et surtout celle de son écriture.

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Le voyage féconde l’imagination.

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Il nous faut avoir bien conscience de cette lenteur, voisine de l’immobilité, à laquelle s’accorde le regard du voyageur qui peut toujours cadrer un paysage aussi sûrement qu’au travers d’une fenêtre.
Cadrer c’est à dire assurer une fixité suffisante à l’alignement d’un œil et d’un site pour constituer un point de vue.

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Sans préparation ni mise en scène, dans la vérité de leurs apparitions.

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L’idéal est un leurre, alors que le désir de voir et de ressentir est toujours un formidable agent d’expérimentation.

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La mémoire diffère de l’histoire dans la mesure où elle investit le lieu présent d’une dimension relationnelle voire identitaire.

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Un territoire est une production culturelle résultant d’une histoire. Ce n’est pas seulement un espace mais une réalité dotée de temporalité et de mémoire, chargée de sensibilité et de culture.

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L’autoroute isole de tout contexte géographique, l’orientation intuitive est devenue difficile.

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Intervalles urbains non aménagés, la nature reprend du terrain.

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La photographie, même si elle cultive une forme d’exactitude, n’est pas reproduction des apparences mais production d’une représentation inédite qui se fait pour le spectateur réévaluation des sites.



La simulation

Une telle posture relève de la pensée magique voire mystique qui rappelle celle de l’internaute qui s’abandonne à la magie de l’interface, et à ce sentiment euphorique d’ivresse et de liberté qui caractérise la plupart des expériences interactives.

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Ces lieux interactifs sont des alvéoles, des loges, des enclos d’espace et de temps.
En cours de déambulation, ces moments pourront être, chaque fois perçus comme une fin en soi, un aboutissement de la promenade interactive.

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De ce face à face direct avec l’image, le lecteur lui-aussi est en arrêt, comme on le dirait d’un chien de chasse.

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L’expérience demeure esthétique. C’est en ce sens que l’on peut parler d’esthétique de la relation.

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L’événement est donc délicatement saisi dans un temps limité, puis encapsulé dans les limites spatio-temporelles de l’image mouvante. C’est ainsi que se trouve mis à disposition du lecteur un moment atemporel de plénitude, de renaissance. Celui du désir saisi à la racine de l’expérience sensible originelle et que le promeneur virtuel recueille et emporte comme lors de promenade botanique.

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Chaque fleur cueillie devrait être porteuse du sentiment du local, vertu précieuse dont sont détentrices les choses naturelles dès lors qu’elle ont été prélevées avec délicatesse sur leur terreau d’origine. Conservant intacts les sensations et les sentiments attachés à leur lieu de naissance et de collecte, elles sont susceptibles d’en exhaler des effluves à tout moment.

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Expérience sensible et imaginaire authentiquement vécue.
Celle d’un refuge de temps à jouissance illimitée.

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De réelle, la trajectoire passe dans la sphère de l’imaginaire... tout en gardant un lien direct avec la réalité vécue, grâce au trésor de perceptions, de sensations et d’émotions authentiques engrangées au contact du monde et réactivante à volonté au rythme d’un parcours pleinement intériorisé.



La scène

Comme dans la succession des pas du marcheur, d’un plan à un autre le paysage se déroule par l’énumération des sujets, choisis après avoir été observés, puis filmés, comme s’ils avaient été salués.

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Systématiquement le plan immortalise la rencontre, ritualise l’événement.
Chacun d’entre eux, rencontrés durant l’exploration est identifié. Le titre opère comme un signe individuel de reconnaissance.

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Chaque plan fait précisément référence à cet instant et à ce lieu, par l’expérience de l’exploration virtuelle.

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Aventure captive des sens, vous arpentez les lieux tel un chien de chasse, le viseur de votre caméra prend le rôle d’une ligne de mire.

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Sacraliser un simple buisson grâce à l’enregistrement du cadre, à la force de la découpe photographique, à la profondeur de champs, de la couleur ou du noir et blanc.

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Il ne reste que la mémoire des décisions prises tout au cours du protocole.

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Laisser monter ce qui ce donne à nous.

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C’est parfois un paysage qui vous choisit, un moment de votre vie où seule la rétine permet un enregistrement sensible d’une forme, non interprété comme concept par votre cerveau mais lu comme un poème.

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La poésie ressortait de signes quasi abstraits, qui semblaient émerger de la nuit comme des messages codés : les reliefs montagneux semblaient être peints, la danse d'un buisson orphelin du désert ou le son des pales d'un hélicoptère au rythme des battements de votre cœur.

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Il me semblait que la plongée dans la nuit était de plus en plus profonde.

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Elles illustrent aussi cette fonction de la photographie, qui n’est pas d’enregistrer du «réel», mais de capter des signes, ou plutôt des signaux, dans l’enchevêtrement des apparences.

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On sait bien que la photographie n’est pas seulement un outil de description mais un instrument de révélation.

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La photographie participe ainsi à la logique du sacré, dont les objets sont toujours définis par leur isolement : enregistrer signifie inscrire et inscrire signifie sacré.

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La nuit : quand les signes se lèvent, se soulèvent de l’obscurité, par un long dépôt, par un lent tri de la lumière.

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La nuit est un apprentissage de la solitude et une médiation.

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Donner une dimension quasi mythique à un paysage pourtant peu voué à la contemplation.

Références

Remerciements

Paul-Emmanuel Odin tuteur de ce travail, Grégory Pignot pour le soutient technique de la conception du site internet, Alexandre Hazzan pour sa Playstation 4.



Sébastien Arrighi
École supérieure d'art d'Aix-en-Provence
DNSEP 2017


contact@sebastienarrighi.com